Métiers 2027-2030 : 760 000 postes à pourvoir par an, mais 90 % liés aux départs et non aux créations
D'ici 2030, environ 760 000 postes seront à pourvoir chaque année en France, selon France Stratégie et la Dares. Mais l'enjeu principal n'est pas de créer des emplois nouveaux : 90 % des besoins proviendront de départs en fin de carrière. Santé, numérique, bâtiment et ingénierie sont en tête, tandis que l'IA générative pèse déjà sur les embauches des jeunes dans les métiers exposés.

Les projections de France Stratégie et de la Dares publiées en 2022 dans le rapport « Les métiers en 2030 » restent la référence pour anticiper les besoins de recrutement à l'horizon 2030. Leurs chiffres sont clairs : environ 760 000 postes seraient à pourvoir annuellement entre 2019 et 2030. La lecture de ce chiffre mérite cependant une nuance immédiate : près de 90 % de ces besoins seraient liés aux départs en fin de carrière — retraites, décès, inactivité — et non à la création nette d'emplois. La formation professionnelle a davantage à faire avec le remplacement de compétences qu'avec l'accompagnement d'une expansion.
Les secteurs identifiés comme les plus actifs en termes de recrutement d'ici 2030 se concentrent sur cinq domaines : la santé et l'aide à domicile, l'informatique et la maintenance, le bâtiment (électriciens, techniciens), l'ingénierie qualifiée et la rénovation énergétique. Ces secteurs partagent une caractéristique commune : une pénurie structurelle de candidats qualifiés, aggravée par un vieillissement accéléré des effectifs en place. Le bâtiment et la santé font face à une double pression : recruter des entrants ET retenir les professionnels expérimentés avant leur départ.
La rénovation énergétique mérite une mention distincte. Les objectifs de décarbonation du parc immobilier français nécessitent des volumes de formation sans précédent dans les métiers du bâtiment : isolation, systèmes de chauffage bas-carbone, gestion thermique. Les certifications professionnelles dans ce domaine sont encore en cours de structuration, et la capacité des organismes à former suffisamment vite est un facteur limitant identifié.
L'intelligence artificielle générative introduit une perturbation nouvelle dans ces projections. Une étude d'Antonin Bergeaud (HEC Paris) et de chercheurs de la Banque de France, publiée en octobre 2026, documente une baisse de 28,3 % des embauches en CDI des 21-29 ans dans les professions exposées à l'IA générative entre novembre 2022 et mars 2026. Ce chiffre ne concerne pas les emplois supprimés mais les embauches qui n'ont pas eu lieu : l'IA réduit le flux d'entrée dans certains métiers avant même de transformer les postes existants.
Pour les organismes de formation, ces tendances convergent vers une même conclusion : il ne suffit pas d'augmenter les volumes de formation dans les métiers en tension. Encore faut-il que les contenus intègrent l'IA comme outil, que les formateurs soient eux-mêmes à jour sur ces évolutions, et que les certifications préparées soient reconnues par les secteurs qui recrutent. La fidélisation des professionnels en poste, souvent négligée au profit du recrutement, constitue un second point à traiter : maintenir les compétences en place vaut autant que former de nouveaux entrants.


