Transition démographique : pourquoi recruter ne suffit pas et comment la formation peut agir
Le 15 octobre 2026 à Rennes, Transitions Pro Bretagne a réuni économistes, Opco et acteurs de l'emploi pour examiner les effets de la transition démographique sur les parcours professionnels. Leurs conclusions convergent : fidéliser, prévenir l'usure et créer des conditions d'apprentissage continu sont tout aussi décisifs que recruter.

Le 15 octobre 2026, Transitions Pro Bretagne organisait à Rennes une matinée consacrée à la transition démographique et à ses conséquences sur l'emploi et la formation. L'événement réunissait l'économiste Annie Jolivet (CEET-Cnam), des représentants des Opco (Opco EP, Ocapiat), la Ddets d'Ille-et-Vilaine et l'association Avenir Actifs. La matinée s'est conclue par la remise des Trophées de la reconversion 2026, qui ont récompensé cinq parcours de salariés ayant changé de métier, parfois à plus de 50 ans.
Annie Jolivet a tenu à nuancer une vision trop uniforme des enjeux démographiques. Ses travaux montrent que les effets varient selon les entreprises, les branches et les territoires : il n'existe pas de réponse unique. Elle a insisté sur le fait que recruter pour compenser les départs ne suffit pas si les conditions de travail favorisent des sorties précoces. Usure professionnelle, absence de perspectives d'évolution et manque de formation continue constituent, selon elle, les principaux facteurs de départ avant l'âge de la retraite. Sa formule mérite d'être retenue : « Un travail qui permet d'apprendre favorise le maintien en emploi. »
Les participants ont mis en avant des dispositifs existants pour agir : le Conseil en évolution professionnelle (CEP), assuré localement par Avenir Actifs, les financements des Opco pour la formation continue, et les outils d'anticipation des branches professionnelles. Ces instruments relèvent d'un cadre réglementaire établi, même si leur mobilisation reste inégale selon les secteurs et la taille des entreprises.
Les Trophées de la reconversion 2026 ont illustré concrètement ce que ces parcours peuvent produire : une secrétaire reconvertie en maraîchère biologique à 50 ans et plus, une chaudronnière devenue dessinatrice-projeteuse, une ouvrière devenue conductrice routière après un problème de santé, une factrice qui a créé un garage automobile, et l'entreprise Actil distinguée pour ses reconversions internes. Ces trajectoires témoignent de la réalité des transitions possibles, mais aussi de leur complexité.
Pour les organismes de formation, les recommandations dégagées lors de cette journée dessinent un cadre d'intervention : mieux articuler les outils des différents partenaires (CEP, Opco, employeurs), renforcer l'accompagnement des secondes parties de carrière, et développer le dialogue entre salariés et employeurs sur les aspirations professionnelles. La formation continue apparaît non comme un simple outil de remédiation, mais comme un levier de maintien dans l'emploi dès lors qu'elle s'inscrit dans une logique d'apprentissage tout au long de la vie.


