Souveraineté en IA : le Canada mise un milliard d'euros sur Cohere pour ne pas dépendre des géants américains
Avec un investissement de 1,6 milliard de dollars canadiens dans l'entreprise d'IA Cohere, le gouvernement Carney veut éviter que l'avenir de l'intelligence artificielle soit décidé « ailleurs ». Une décision politique qui illustre les enjeux croissants de souveraineté technologique que les formations au numérique ne peuvent plus ignorer.

Le Premier ministre canadien Mark Carney a annoncé le 29 octobre 2026 un investissement de 1,6 milliard de dollars canadiens — environ un milliard d'euros — dans Cohere, entreprise nationale spécialisée dans les grands modèles de langage (LLM). L'objectif est explicite : « Nous n'allons pas attendre que l'avenir de l'IA soit décidé ailleurs par des gens que nous ne connaissons pas. » La déclaration tranche avec le discours habituel des gouvernements et signale une prise de conscience politique majeure.
Fondée en 2019 à Toronto par Aidan Gomez, coauteur d'une étude fondatrice sur les transformers réalisée chez Google, Cohere avait déjà levé 7 milliards de dollars canadiens au total avant cette opération. Sa valorisation s'établit désormais à 35,7 milliards de dollars canadiens. Parmi les investisseurs qui rejoignent le tour : Nvidia, le groupe Schwarz d'Allemagne et Bell Canada. Cohere avait par ailleurs annoncé en avril 2026 le rachat de l'entreprise allemande d'IA Aleph Alpha.
Cet investissement s'inscrit dans un contexte géopolitique tendu. En juin 2026, Washington a restreint l'accès des ressortissants étrangers à certains modèles d'IA américains avancés, confirmant que la dépendance à des infrastructures étrangères comporte des risques politiques réels. Pour Carney, « les modèles d'IA les plus puissants sont concentrés dans un petit nombre d'entreprises, dans un petit nombre de pays » — une concentration qui devient un problème de souveraineté nationale.
Cohere se positionne désormais comme « l'entreprise d'IA la plus grande hors États-Unis et Chine » selon son fondateur Aidan Gomez. Son rapprochement avec Aleph Alpha crée un axe transatlantique dans le segment des LLM orientés entreprises et institutions, concurrent direct des offres d'OpenAI ou Anthropic. Cette dynamique rejoint les ambitions européennes de développer des alternatives souveraines aux modèles américains.
Pour les formateurs et organismes de formation, ces évolutions géopolitiques ne sont pas abstraites. Choisir les outils d'IA que l'on recommande à des apprenants — ChatGPT, Gemini, Claude, Mistral, Cohere — revient de facto à effectuer des choix de souveraineté numérique. Former les professionnels à comprendre d'où viennent les modèles qu'ils utilisent, qui les contrôle et selon quelles règles, constitue une dimension pédagogique émergente dans les cursus liés au numérique et à l'IA.
L'émergence d'acteurs hors écosystème américain, comme Cohere au Canada ou Mistral AI en France, offre aux concepteurs de formation de nouvelles options pour équiper leurs apprenants avec des outils dont les garanties de protection des données et d'hébergement sont plus facilement compatibles avec le cadre réglementaire européen. Cette diversification de l'offre constitue une bonne nouvelle pour les organismes de formation soumis aux exigences du RGPD et soucieux de cohérence dans leur politique d'achat d'outils numériques.


