L'intelligence artificielle peut-elle provoquer une perte de compétences chez les apprenants et professionnels ?
Une étude publiée en octobre 2026 interroge l'impact de l'intelligence artificielle sur l'exercice et la conservation des compétences à long terme, soulevant de nouveaux défis pour la pédagogie.

L'utilisation croissante des outils d'intelligence artificielle dans le cadre professionnel et pédagogique soulève un risque encore peu exploré : la perte progressive de certaines compétences par manque de pratique. Dans un article publié en octobre 2026, Fatiha Tali-Otmani, maîtresse de conférences en sciences de l'éducation et de la formation à l'Université Toulouse-Jean Jaurès, analyse cette question à travers un nouveau modèle théorique inspiré des travaux d'Albert Bandura. Elle questionne la place de l'IA, qui ne se contente plus de faciliter l'accès à l'information mais produit directement des contenus et des tâches.
Ce phénomène met en lumière un paradoxe entre performance immédiate et autonomie à long terme. Si les technologies génératives permettent d'accélérer les processus de travail et d'améliorer la productivité apparente, elles peuvent conduire à une atrophie des savoir-faire fondamentaux. À titre d'exemple, une étude menée en 2025 met en évidence une baisse significative du taux de détection d'anomalies par des professionnels après une utilisation routinière d'un assistant numérique, illustrant la vulnérabilité des compétences lorsqu'elles ne sont plus exercées de manière autonome.
Pour analyser cette dépendance, la chercheuse identifie trois niveaux de recours aux technologies : la délégation maîtrisée, où l'utilisateur conserve la capacité de vérifier le travail ; l'abandon cognitif, caractérisé par une validation automatique des résultats sous contrainte temporelle ; et enfin la dépendance totale, rendant l'individu incapable d'accomplir la tâche sans l'outil. Cet écart entre la responsabilité juridique d'une décision et la capacité réelle à la contrôler constitue un écueil majeur pour les structures professionnelles et éducatives.
Afin de contrer ce risque d'obsolescence des compétences, deux pratiques sont recommandées aux formateurs et aux organisations. Il est conseillé de rédiger sa propre analyse ou hypothèse avant de consulter un outil numérique, puis de comparer les résultats. Par ailleurs, il s'avère nécessaire d'instaurer régulièrement des temps de travail sans assistance technologique pour s'assurer que les collaborateurs maintiennent leur niveau d'expertise.


