Ingénierie : IA, données et adaptabilité dominent les besoins en compétences à cinq ans
Une étude de l'OPIIEC, l'observatoire des métiers du numérique, du conseil et de l'ingénierie, identifie les compétences que les entreprises d'ingénierie jugent prioritaires d'ici 2031. Pour les formateurs, les résultats invitent à réviser les équilibres entre expertise technique et aptitudes transversales.

Le secteur de l'ingénierie est soumis à des transitions multiples et simultanées — numérique, énergétique, environnementale — qui reconfigurent en profondeur le contenu des métiers. Pour aider les acteurs de la formation à s'y adapter, l'OPIIEC, l'observatoire paritaire des métiers du numérique, du conseil et de l'ingénierie, a conduit une enquête auprès des entreprises du secteur. Les résultats ont été publiés fin octobre 2026 par l'OPCO Atlas, sous forme de huit recommandations articulées autour de trois leviers.
En tête des compétences jugées prioritaires à cinq ans : l'intelligence artificielle appliquée à l'ingénierie, citée par 53 % des entreprises interrogées. L'analyse de données arrive en deuxième position, mentionnée par 37 % des répondants. Ces deux priorités confirment la numérisation croissante des pratiques d'ingénierie : modélisation, simulation, traitement de grands volumes de données deviennent des compétences de base attendues, et non plus des spécialités réservées à quelques profils.
La transition écologique constitue le troisième axe identifié : 35 % des entreprises citent l'ingénierie environnementale et la comptabilité carbone parmi les compétences à renforcer. Ce chiffre reflète des exigences réglementaires croissantes — reporting extra-financier, normes européennes de durabilité des projets — qui font de la maîtrise des enjeux carbone un attendu professionnel concret, pas seulement une sensibilité générale.
Ce qui frappe dans l'étude, c'est la place accordée aux compétences transversales. L'adaptabilité aux changements technologiques est jugée déterminante par 58 % des répondants, et la gestion de projet multi-parties prenantes par 55 %. Le document souligne que « savoir s'adapter et coordonner devient aussi déterminant que maîtriser un outil ». Pour les formateurs, cela signifie que les modalités pédagogiques — mises en situation, projets collaboratifs, études de cas pluridisciplinaires — méritent autant d'attention que les contenus techniques eux-mêmes.
L'OPIIEC articule ses préconisations autour de trois leviers. Le premier consiste à adapter l'offre de formation initiale aux nouvelles réalités du métier, ce qui suppose un travail de révision des référentiels en lien avec les écoles d'ingénieurs et les universités technologiques. Le deuxième levier est la formation continue : développer des parcours accessibles pour les ingénieurs en poste, souvent moins disponibles pour des formations longues, reste un défi structurel. Le troisième levier porte sur l'attractivité des carrières, moins souvent mis en avant dans les débats sur la formation : si les filières techniques peinent à recruter dans certains bassins ou certaines populations, aucune réforme des contenus ne suffira seule.
Pour les organismes de formation qui travaillent avec des secteurs relevant de l'OPCO Atlas, cette étude offre un outil de priorisation concret. Les trois grandes familles de compétences identifiées — IA et données, ingénierie environnementale, aptitudes transversales — peuvent servir de grille lors de la révision de programmes ou de la conception de modules courts. En formation continue, elles permettent aussi de cibler les publics les plus exposés aux mutations : les ingénieurs en milieu de carrière, peu familiers avec l'IA ou les enjeux carbone, représentent un vivier de formation prioritaire.


