IA et tourisme durable : ce que les recruteurs francophones attendent vraiment des formés
À Hanoï le 16 octobre 2026, l'Université de Hanoï et l'OIF ont réuni experts et entreprises pour interroger la formation aux métiers du tourisme durable à l'ère de l'IA. Leurs conclusions dessinent un modèle pédagogique ancré dans la pratique, le sens critique et le partenariat employeurs — transposable bien au-delà du Vietnam.

Le 16 octobre 2026, le Département de français de l'Université de Hanoï (HANU) et l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ont co-organisé la table ronde « Tourisme durable et opportunités professionnelles francophones à l'ère de l'IA ». Cet événement s'inscrit dans le programme *Destination Eco-Talents* (DET), piloté par l'OIF dans le cadre de sa programmation 2024-2027 et déployé dans quatre pays pilotes : le Cambodge, les Comores, le Cap-Vert et le Vietnam. **Un programme opérationnel avec des résultats chiffrés.** Le dispositif DET vise à faire du tourisme durable un levier de développement dans les pays francophones concernés, en plaçant les jeunes et les femmes au cœur du processus. Au Vietnam, les chiffres communiqués par l'OIF pour 2025 donnent une première mesure d'impact : 546 étudiants ont approfondi leurs connaissances en tourisme durable, et 212 d'entre eux ont obtenu un emploi ou un stage à l'issue du programme. En 2026, 450 étudiants supplémentaires sont visés dans trois villes — Hanoï, Đà Nẵng et Hô Chi Minh-Ville. La pédagogie adoptée articule sessions théoriques, visites de terrain, rencontres avec des professionnels et forums de l'emploi. Selon l'OIF, c'est précisément cette combinaison entre apprentissage linguistique et compétences professionnelles sectorielles qui permet aux étudiants de s'intégrer plus rapidement dans leur futur environnement de travail.
Ce que l'IA change — et ne change pas
La table ronde a abordé de front la question de l'intelligence artificielle. Les représentants d'entreprises touristiques présents ont tenu un discours nuancé : si l'IA facilite l'accès à l'information et automatise certaines tâches, elle ne remplace pas le conseil humain, l'authenticité de la relation ni la capacité à comprendre les attentes spécifiques des voyageurs francophones. Hà Đức Mạnh, directeur général de l'agence Amica JSC, a mis en garde contre la dépendance excessive aux outils : « Si l'IA fait tout à notre place, quel sera alors notre rôle ? » La conclusion partagée par les participants est claire : les étudiants qui sauront utiliser l'IA de façon critique et éthique, tout en préservant leurs compétences relationnelles et leur maîtrise du français, disposeront d'un avantage différenciant sur le marché du travail.
Les lacunes que les recruteurs constatent chez les jeunes diplômés
Les entreprises présentes ont précisé leurs attentes à l'adresse de HANU. Les faiblesses les plus souvent citées ne portent pas sur les savoirs théoriques, mais sur les aptitudes pratiques : aisance dans l'interaction avec des touristes exigeants, usage raisonné des outils numériques, compréhension des enjeux environnementaux et de responsabilité envers les communautés d'accueil. Ce retour terrain est directement exploitable pour les responsables pédagogiques : il confirme que la pertinence d'une formation se mesure aussi à la qualité du partenariat noué avec les employeurs — un critère que les référentiels Qualiopi rendent incontournables.
Quels enseignements pour les organismes de formation français ?
Si la géographie est lointaine, les enjeux pédagogiques sont proches. Le modèle DET — formation sectorielle adossée à une langue étrangère, avec immersion terrain systématique et mise en relation directe avec les recruteurs — correspond à ce que de nombreux organismes français cherchent à construire dans leurs filières tourisme, hôtellerie ou développement durable. La question posée à Hanoï mérite d'être relayée ici : alors que les outils de traduction automatique progressent rapidement, quelle est la valeur ajoutée spécifique d'une formation en langue étrangère couplée à une expertise sectorielle ? La réponse des entreprises vietnamiennes est sans ambiguïté — une maîtrise linguistique associée à une culture du tourisme durable et à un usage critique de l'IA constitue un profil différenciant, pas interchangeable. Pour les formateurs, c'est une piste de positionnement pédagogique à prendre au sérieux.


