Responsabilité civile et intelligence artificielle : la directive sur les produits défectueux s'appliquera fin 2026
La directive européenne (UE) 2024/2853 intègre expressément les logiciels et les systèmes d'intelligence artificielle dans la catégorie des produits. Sa transposition est attendue au plus tard le 9 décembre 2026.

Le droit de l'Union européenne ne prévoit pas de régime général autonome de responsabilité civile propre à l'intelligence artificielle. Face au retrait de la proposition de directive spécifique en octobre 2025, la réparation des dommages causés par ces technologies repose sur les textes existants. Parmi eux, la directive (UE) 2024/2853 relative aux produits défectueux fixe des échéances précises pour les acteurs économiques.
Le texte, qui doit être transposé au plus tard le 9 décembre 2026, s'appliquera aux produits mis sur le marché ou en service après cette date. L'article 4 de la directive lève toute incertitude juridique en incluant expressément les logiciels, les fichiers de fabrication numériques et l'électricité dans la notion de produit. Les développeurs ou fournisseurs de systèmes d'intelligence artificielle sont ainsi assimilés à des fabricants, indépendamment du mode de distribution choisi, qu'il s'agisse d'une installation locale, d'un accès par réseau, du cloud, du mode SaaS ou d'une interface de programmation.
La notion de défectuosité est également adaptée aux systèmes évolutifs. L'article 7 de la directive impose de prendre en compte la capacité d'apprentissage du produit, l'effet prévisible d'autres technologies interconnectées ainsi que les exigences de cybersécurité. Un modèle qui continue d'évoluer après sa mise en service pourra ainsi être qualifié de défectueux au regard de son comportement acquis. En outre, la directive neutralise les clauses limitatives de responsabilité : l'article 15 interdit d'exclure ou de limiter contractuellement les obligations des opérateurs économiques envers la personne lésée.
Pour les organismes de formation, les concepteurs de parcours pédagogiques numériques et les éditeurs de solutions EdTech, ces dispositions exigent une vigilance accrue. Les conditions générales d'utilisation devront être rigoureusement auditées avant l'échéance de décembre 2026. Si elles conservent leur utilité pour encadrer les usages professionnels et les recours entre entreprises, elles ne pourront plus déroger aux règles d'indemnisation édictées pour la protection des utilisateurs.
Les professionnels veilleront à coordonner leurs clauses contractuelles avec la documentation technique, les notices d'utilisation et les politiques de mise à jour. Il conviendra également de se préparer aux règles de l'AI Act, dont l'application s'échelonnera jusqu'en 2028 selon la criticité des systèmes, afin d'anticiper l'ensemble des obligations de conformité applicables aux outils pédagogiques intégrant de l'intelligence artificielle.


