France Travail et Cap Emploi inventent un parcours commun pour les demandeurs d'emploi handicapés
Une expérimentation en cours dans 16 territoires redessine l'accompagnement des personnes en situation de handicap vers l'emploi. France Travail et Cap Emploi co-portent un binôme de conseillers, appelé « team handicap », avec une généralisation nationale annoncée pour le 1er janvier 2027.

Le taux de chômage des personnes en situation de handicap atteint 11,5 %, contre 7,9 % pour l'ensemble de la population active, selon l'Observatoire de l'emploi et du handicap de l'Agefiph publié en 2025. C'est dans ce contexte que France Travail conduit, depuis 2025, une expérimentation visant à repenser en profondeur les parcours d'orientation et d'accompagnement de ce public.
La mesure phare, intitulée « Détermination de l'environnement professionnel le plus adapté », a démarré en 2025 dans cinq départements pilotes : Val d'Oise, Somme, Charente-Maritime, Allier et Haute-Savoie. En janvier 2026, elle a été étendue à onze nouveaux territoires. Sa généralisation à l'ensemble du territoire national est prévue au 1er janvier 2027, dans le cadre de la loi Plein emploi de décembre 2023 et des engagements pris lors de la Conférence nationale du handicap de 2023.
Le principal levier opérationnel, déjà effectif dans les 16 territoires couverts, est la création de « teams handicap ». Un binôme composé d'un conseiller France Travail et d'un conseiller Cap Emploi accueille conjointement les demandeurs d'emploi handicapés. L'idée est d'articuler l'expertise en réadaptation professionnelle de Cap Emploi avec la maîtrise des dispositifs de droit commun de France Travail, France Travail étant devenu le lieu unique d'accompagnement.
Ce dispositif modifie substantiellement le parcours des personnes concernées. Jusqu'ici, la porte d'entrée habituelle était la MDPH, qui délivrait un statut BOETH ouvrant l'accès à Cap Emploi, ou orientait directement vers des ESAT ou des établissements de réadaptation professionnelle. Désormais, France Travail est présenté comme le guichet unique, et l'orientation vers le milieu ordinaire devient prioritaire. Des acteurs médico-sociaux ou des ESRP restent mobilisables pour lever des freins liés à la santé. La MDPH conserve toutefois le dernier mot sur les préconisations émises.
Pour les organismes de formation, ce changement de paradigme a des implications concrètes. L'accent mis sur le milieu ordinaire et les immersions professionnelles — conçues pour tester la pertinence d'un projet avant l'inscription — peut générer des besoins de formation identifiés en amont, parfois sans que la reconnaissance administrative du handicap soit encore formalisée. Les formateurs risquent d'accueillir davantage de personnes handicapées dans des cursus standard, avec une obligation d'adaptation des conditions d'apprentissage que le parcours spécialisé prenait auparavant en charge.
Les syndicats, CGT et CFDT, reconnaissent une meilleure coordination entre les deux structures, mais formulent des réserves sérieuses. Le manque de formation des agents est signalé : les modules existent en présentiel et en e-learning, mais les conseillers manqueraient de temps pour les suivre. Le délai entre l'expérimentation et la généralisation est également jugé trop court pour permettre une évaluation rigoureuse. La CFDT pointe le risque d'un déploiement national sous-financé, en faisant référence aux difficultés observées lors de la réforme du RSA.
France Travail reconnaît ne pas disposer encore d'un recul suffisant sur le suivi effectif des préconisations par les MDPH. Le « modèle cible » est présenté comme « très bien avancé » par la direction de mission concernée, mais les données sur les parcours réels ne sont pas encore publiées. La qualité de l'évaluation intermédiaire avant janvier 2027 sera déterminante pour juger du bien-fondé du déploiement national.


