Face à l'IA, la formation doit mesurer ce que les apprenants savent vraiment faire
L'intelligence artificielle peut produire des contenus pédagogiques et répondre à presque toutes les questions. Mais elle ne certifie pas les compétences. Pour Emmanuel Gonzalez, Head of Training chez OVHcloud, l'enjeu est désormais de déplacer le curseur : du nombre d'heures de formation vers la capacité réelle des collaborateurs à agir différemment après avoir appris.

L'intelligence artificielle peut générer une présentation convaincante, rédiger un rapport ou répondre à une question complexe. Mais cette capacité de production ne dit rien sur ce que le collaborateur sait réellement faire. C'est le paradoxe central que soulève Emmanuel Gonzalez, responsable formation chez OVHcloud, dans un entretien publié par EdTech Actu fin octobre 2026 : la prolifération des contenus générés par l'IA rend la mesure des compétences à la fois plus urgente et plus difficile.
La première conséquence pratique est un changement de métrique. Là où les organisations mesuraient le nombre d'heures de formation suivies, l'enjeu est désormais de vérifier la capacité à monter en compétences. Cela passe par trois axes : identifier les compétences déjà maîtrisées avant la formation, personnaliser le parcours en conséquence, et valider l'acquisition après la séquence — et non plus seulement la présence.
Un autre risque, moins visible mais tout aussi structurant, est ce que Gonzalez nomme la « dette cognitive ». Déléguer systématiquement à l'IA la réflexion, la synthèse et la production de contenu fragilise les compétences sur le long terme. L'IA doit fonctionner comme un copilote qui augmente l'intelligence humaine, pas comme un outil qui fait le travail à la place du professionnel.
OVHcloud a reconfiguré ses formations autour de trois leviers : simulation, feedback immédiat et apprentissage par l'erreur. L'exemple du RGPD est concret : plutôt qu'un module générique identique pour toutes les équipes, l'organisation a développé des mises en situation adaptées au contexte métier de chaque service. Ce type de personnalisation, facilité par l'IA, nécessite toutefois un investissement initial plus élevé en ingénierie pédagogique.
Dans ce nouveau cadre, le formateur conserve un rôle stratégique — mais déplacé. Il n'est plus le principal producteur de contenus ni le seul détenteur de l'information. Il devient garant de l'évaluation diagnostique, concepteur des situations apprenantes et animateur de la réflexion collective que l'IA ne peut pas conduire à sa place. C'est là que réside, selon les praticiens interrogés par EdTech Actu, la vraie valeur ajoutée de la formation humaine.
Pour les organismes de formation, ces évolutions appellent une révision des méthodes d'évaluation et des indicateurs de résultat. Trois priorités se dégagent : partir du besoin opérationnel plutôt que de l'outil, développer des évaluations de compétences contextualisées, et maintenir la part d'interaction humaine dans les parcours. L'IA comme accélérateur d'ingénierie, oui ; comme substitut au jugement professionnel du formateur, non.


