CPF 2025 : les demandeurs d'emploi représentent 42 % des bénéficiaires, un basculement non décidé
En 2025, 42 % des formations financées par le CPF ont bénéficié à des demandeurs d'emploi inscrits à France Travail, contre 34 % en 2024. Ce record n'est pas le résultat d'une décision politique explicite, mais la conséquence mécanique de quatre règles réglementaires mises en place depuis 2024. Analyse fondée sur les Jaunes budgétaires annexés au PLF 2027.

Le Compte personnel de formation a été conçu pour tous les actifs, avec une vocation première d'anticiper les transitions professionnelles pendant la période d'emploi. En 2025, selon le Jaune budgétaire annexé au projet de loi de finances 2027, 42 % de ses bénéficiaires sont des demandeurs d'emploi inscrits à France Travail, soit plus de 460 000 personnes formées. C'est un record, et personne ne l'a explicitement décidé.
Le basculement est net et rapide. En 2023, la part des demandeurs d'emploi dans les bénéficiaires CPF était d'environ 31 %. Elle est remontée à 34 % en 2024 avant d'atteindre 42 % en 2025. En termes de dépenses, la progression est de +17,6 % pour les demandeurs d'emploi sur un an, tandis que les salariés du secteur privé voient leur part reculer de -8,6 %. Le budget total du dispositif reste quasi stable ; il change de mains.
Quatre mécanismes réglementaires non coordonnés expliquent ce glissement. Premier : les demandeurs d'emploi sont exonérés de la participation forfaitaire (100 € puis 150 € depuis avril 2026), ce qui les avantage mécaniquement. Deuxième : depuis 2026, le financement du permis B par le CPF est réservé aux demandeurs d'emploi ou aux dossiers cofinancés. Troisième : France Travail peut abonder le CPF d'un demandeur d'emploi et maintenir son allocation sous forme d'ARE-Formation pendant la formation. Quatrième : les restrictions appliquées aux salariés — ticket modérateur, plafonnements, suppression de formations non certifiantes — ne trouvent aucun équivalent pour les demandeurs d'emploi.
Le profil des bénéficiaires demandeurs d'emploi se distingue nettement. Ils sont moins diplômés (38 % ont au plus un CAP, contre 28 % parmi les autres bénéficiaires), suivent des formations plus longues (92 heures en moyenne contre 53 heures pour les actifs) et plus souvent en présentiel (47 %). Leur formation coûte légèrement moins cher (1 530 € contre 1 620 €), mais mobilise davantage de ressources pédagogiques.
La coïncidence avec les arbitrages budgétaires de France Travail interpelle. L'opérateur public a réduit ses aides individuelles à la formation de 215 M€ à 135 M€, et ses dépenses totales d'aide aux compétences de 1 294 M€ à 1 130 M€. Dans le même temps, la dépense CPF pour les demandeurs d'emploi a progressé de +120 M€. La question se pose : le CPF, financé par les cotisations patronales, compense-t-il partiellement le retrait du service public de l'emploi ?
Pour les organismes de formation, ce basculement a des effets concrets sur la composition des publics accueillis. Un dispositif financé par les entreprises mais majoritairement mobilisé par des demandeurs d'emploi soulève aussi une question de lisibilité à long terme pour les employeurs qui contribuent au financement.
Ces données sont issues des Jaunes budgétaires (annexes Formation professionnelle aux PLF 2022 à 2027) ; les chiffres 2025 restent susceptibles de révision selon l'auteur de l'analyse.


