Transition écologique dans le tourisme : le Cereq distingue deux logiques de compétences que la formation doit traiter séparément
Un working paper du Cereq publié le 21 octobre 2026, dans le cadre du projet européen Jet Cities, analyse comment le tourisme marseillais adapte emplois et compétences à la transition écologique. L'étude distingue deux logiques de durabilité — adaptation aux effets du changement climatique ou transformation des pratiques — aux conséquences très différentes pour les formateurs.

Le Cereq a publié le 21 octobre 2026 le Working Paper n° 39, signé par Damien Brochier et Olivia Foli. Cette étude de 86 pages a été conduite dans le cadre du projet européen Jet Cities, mené en partenariat avec la Ville de Marseille, qui vise à identifier les trajectoires de transition pour une centaine de villes climatiquement neutres d'ici 2030. Le secteur du tourisme, qui représente environ 9 % de l'emploi salarié privé de la métropole marseillaise, a été retenu comme terrain d'étude.
Quatre sous-secteurs touristiques ont été examinés : la restauration, l'hébergement, l'accompagnement et le guidage touristique, et les services de mobilités douces. Ces activités sont confrontées à deux tensions croisées. Le changement climatique réduit l'attractivité territoriale en intensifiant les canicules et les sécheresses estivales. Par ailleurs, la croissance des flux touristiques fragilise les ressources naturelles et patrimoniales qui constituent le socle de l'offre. Cette double pression oblige les entreprises à repositionner leur modèle sans pouvoir s'appuyer sur la seule croissance des volumes.
L'un des apports centraux du travail est la distinction entre deux régimes de durabilité. La durabilité faible consiste à adapter les pratiques aux effets déjà perceptibles du changement climatique : organisation du travail en horaires décalés, formation des équipes à la gestion des pics de chaleur, révision des offres saisonnières. La durabilité forte implique de transformer les pratiques pour réduire l'empreinte environnementale de l'activité elle-même : transition vers des mobilités douces, évolution des approvisionnements en restauration, réduction des consommations énergétiques dans l'hébergement.
Les chercheurs constatent un engagement très différencié des entreprises selon leur taille, leur modèle économique et leur horizon de planification. Les acteurs de la mobilité douce et certains hébergeurs indépendants s'inscrivent plus naturellement dans une logique de durabilité forte, tandis que la restauration et l'hébergement de gamme intermédiaire restent majoritairement dans une posture d'adaptation. Ce différentiel se traduit directement par des besoins en compétences distincts que les organismes de formation doivent désormais dissocier dans leurs contenus.
Pour les formateurs qui interviennent dans les secteurs de l'hôtellerie-restauration, du guidage ou des transports touristiques, l'étude fournit un cadre opérationnel concret. Former à la durabilité faible, c'est préparer les équipes à exercer dans des conditions dégradées : chaleur, surcharge, imprévisibilité. Former à la durabilité forte, c'est introduire une logique de conception des services, d'analyse d'impact et de transformation des chaînes d'approvisionnement. Ces deux niveaux de compétences ne relèvent pas des mêmes modules ni des mêmes méthodes pédagogiques.
L'étude recommande de faire de Marseille un coordinateur territorial chargé de renforcer les réseaux professionnels, de diffuser les pratiques exemplaires et de soutenir les échanges collectifs entre acteurs. Pour la formation professionnelle, cela se traduit par un rôle possible des OPCO et des pôles emploi sectoriels comme animateurs de plans de compétences collectifs à l'échelle du bassin d'emploi — une piste concrète pour les organismes qui souhaitent développer des approches mutualisées sur la transition écologique.


