IA agentique en formation : quand l'apprentissage se fond dans le travail réel
Après l'IA générative, l'IA agentique s'impose dans les débats sur la transformation de la formation professionnelle. Capable de croiser des données internes et externes pour identifier des besoins en compétences et proposer des apprentissages en temps réel, elle redéfinit les conditions d'exercice de l'ingénieur pédagogique — sans pour autant le remplacer.

L'intelligence artificielle générative répond à des questions et produit du contenu. L'IA agentique va plus loin : elle exécute des tâches, recherche des informations dans diverses sources et propose des actions directement exploitables. Selon Olivier Lagrée, directeur de la stratégie talents et performance chez Cornerstone, cette distinction est fondamentale pour comprendre les transformations en cours dans la formation professionnelle. Contrairement à un chatbot, un agent peut concevoir une formation en rassemblant des contenus pertinents depuis plusieurs sources fiables, sans attendre qu'un humain lui en donne l'instruction.
Le concept d'« apprentissage invisible » est au cœur de la réflexion. L'idée : intégrer des séquences d'apprentissage directement dans le flux de travail, sans que le collaborateur ne s'en extraie. Un agent IA peut par exemple analyser les erreurs commises dans un outil CRM, détecter un manque de compétences et proposer une micro-formation ciblée en temps réel, sans que l'apprenant n'ait à quitter son environnement de travail ni à accéder à une plateforme dédiée.
Le potentiel de personnalisation est considérable. En croisant des données internes (performances, comportements, historique de formation) avec des informations publiques, l'IA agentique peut identifier des écarts de compétences futurs et proposer trois types de réponse : développement interne via la formation, recrutement externe, ou automatisation de la tâche concernée. Pour un responsable formation, ce niveau de granularité transforme les décisions d'investissement en formation.
Malgré cette capacité d'analyse, Lagrée insiste sur le maintien du rôle humain. Managers et formateurs restent décisionnaires : l'IA agentique suggère, l'humain valide. Une gouvernance claire doit définir les limites d'usage de l'agent et garantir l'intervention humaine aux points critiques du parcours d'apprentissage. L'absence de ce cadre expose à des dérives — formations inadaptées, biais dans l'analyse des données RH.
Pour les ingénieurs pédagogiques, l'arrivée de l'IA agentique ne signifie pas une mise en retrait. Leur expertise — comprendre les ressorts de la motivation, concevoir des expériences d'apprentissage engageantes, soutenir les managers dans le déploiement des dispositifs — reste irremplaçable. Ce que l'IA automatise, c'est la logistique et l'adaptation du contenu ; ce que l'ingénieur pédagogique apporte, c'est la cohérence et le sens du parcours.
**Note de la rédaction** : Cet article est fondé sur un entretien avec Olivier Lagrée, directeur chez Cornerstone, éditeur de solutions LMS et TMS dont l'intérêt commercial est d'associer son positionnement à l'IA agentique. Les éléments factuels (définition, exemples d'usage) sont cohérents avec la littérature disponible, mais les perspectives présentées reflètent un point de vue sectoriel à lire avec ce prisme.


