École et entreprise : Mostafa Fourar plaide pour un dialogue intégré au curriculum, pas une adaptation aux emplois du moment
L'inspecteur général Mostafa Fourar déconstruit l'idée que rapprocher l'école du monde du travail signifie adapter chaque enseignement à un emploi précis. Dans un entretien publié par l'IH2EF, il plaide pour une orientation progressive, une responsabilité partagée entre institutions et une préparation des jeunes à relier leurs savoirs aux situations concrètes de travail.

La relation entre l'école et le monde du travail est un sujet récurrent dans les débats sur la formation. Mostafa Fourar, inspecteur général de l'éducation, du sport et de la recherche (IGÉSR), en propose une lecture moins binaire que le débat habituel entre culture générale et adéquation à l'emploi. Dans un entretien publié par l'Institut des hautes études de l'éducation et de la formation (IH2EF), il définit cette relation comme « l'ensemble des interactions entre deux univers longtemps tenus à distance » et invite à en repenser les termes dans le contexte des transitions actuelles.
Trois transitions imposent selon lui de reconfigurer ce dialogue : la réindustrialisation, l'intelligence artificielle et l'évolution rapide des métiers. Ces mouvements rendent impossible toute stratégie de formation fondée sur une adéquation directe entre un programme scolaire et un emploi précis. Les métiers qui existeront dans dix ans sont en partie inconnus ; les compétences qui permettront de les exercer, en revanche, peuvent être développées dès aujourd'hui.
Ce que les entreprises attendent des jeunes, selon Fourar, n'est pas une liste de savoirs techniques figés, mais la capacité à « relier leurs savoirs à des situations de travail » et à exercer un jugement adapté. Cette aptitude suppose une formation exigeante, pas une formation réduite aux gestes professionnels. L'école qui sacrifie les savoirs fondamentaux sur l'autel de la professionnalisation immédiate fragilise in fine l'employabilité à long terme de ses élèves.
La relation école-entreprise implique des responsabilités mutuelles. Les entreprises doivent accueillir les élèves en immersion et expliciter leurs environnements de travail, sans se contenter de les faire « observer ». L'école, de son côté, doit maintenir une exigence humaniste élevée et construire progressivement l'orientation, en la rendant active tout au long du parcours plutôt qu'en la concentrant sur un moment de choix.
La vision de Fourar pour 2030 est celle d'une relation « intégrée au curriculum » : les expériences en entreprise ne seraient plus des parenthèses extrascolaires, mais des éléments constitutifs du parcours, articulés avec les apprentissages formels. Pour les organismes de formation professionnelle, cette approche rejoint leur réalité quotidienne — mais elle invite aussi à repenser la manière dont les stages et les périodes de formation pratique sont conçus, suivis et évalués, plutôt que subis comme une obligation réglementaire.


