« Aider, c'est voler un apprentissage » : ce que la pédagogie active d'Epitech apprend aux formateurs
Pierre Robert, expert en pédagogie active chez Epitech depuis dix-sept ans, publie en 2026 un ouvrage articulant quarante principes pour libérer l'intelligence des apprenants. Son credo : la réponse donnée prive l'étudiant de l'effort qui fonde l'apprentissage. Une thèse directement applicable au-delà des écoles d'informatique.

L'ouvrage s'intitule Déchaîner l'intelligence. Casser les codes pour former à tous les futurs et paraît en février 2026. Son auteur, Pierre Robert, a contribué depuis dix-sept ans à repenser les programmes pédagogiques d'Epitech, grande école française spécialisée dans l'informatique et le numérique. Dans un entretien accordé à EdTech Actu, il expose le socle de sa pensée : nos systèmes éducatifs ont été conçus pour former massivement des travailleurs, les besoins ont profondément changé, et ce n'est plus la restitution qui compte, mais la capacité à décider, à créer et à prendre des initiatives.
Le titre du chapitre central donne le ton : « Aider, c'est voler un apprentissage ». Le raisonnement est précis. Un apprenant à qui l'on fournit directement la réponse est privé de l'effort cognitif nécessaire pour comprendre durablement. Pierre Robert distingue deux types d'aide : celle qui court-circuite la réflexion, et celle qui la stimule. Dans le second cas, l'intervenant — humain ou outil numérique — pose des questions, propose des exercices ou signale des erreurs, plutôt que de résoudre le problème à la place de l'apprenant.
Chez Epitech, ce principe se traduit par la pédagogie par projet. Plutôt que d'enseigner d'abord les outils de planification, les formateurs créent des situations où les équipes changent en cours de route : un nouveau membre arrive, des informations doivent être transmises, des imprévus surgissent. Les étudiants découvrent ainsi par l'expérience la nécessité des méthodes, au lieu de les apprendre en abstrait. Ce renversement — la pratique avant la théorie — est l'un des quarante principes développés dans l'ouvrage.
La question de l'IA générative est abordée avec la même logique. Pierre Robert ne rejette pas l'outil mais refuse qu'il pense à la place de l'étudiant. Il distingue deux usages opposés : demander à l'IA une réponse toute faite, ce qui délègue la réflexion, ou lui demander des exercices, des contrepoints et des pistes d'amélioration, ce qui stimule la réflexion. Chez Epitech, l'évaluation s'adapte en conséquence : puisqu'un site ou une fonctionnalité peuvent désormais être produits rapidement, l'accent porte sur la capacité à identifier un besoin, à concevoir une solution pertinente et à vérifier qu'elle répond aux attentes.
Ces positions offrent aux formateurs un ancrage concret. Il ne s'agit pas de copier le modèle Epitech mais d'examiner ses propres pratiques sous cet angle : à quel moment donne-t-on une réponse là où une question aurait suffi ? Les exercices d'auto-évaluation, les débriefings collectifs et les situations qui placent l'apprenant dans l'inconfort productif relèvent tous de cette même grammaire. La limite principale de la source est que l'entretien reflète un contexte très particulier — une grande école d'élite en informatique — et que ses méthodes supposent une disponibilité cognitive et un cadre institutionnel que tous les organismes de formation ne peuvent pas offrir.


