Charles Torossian (CEE) : évaluer l'école pour transformer l'action publique, et les organismes de formation
Le président du Conseil d'évaluation de l'École (CEE), Charles Torossian, revient sur les fondements de l'indépendance évaluative, les méthodes croisées quanti-quali et les quatre blocs de compétences indispensables aux cadres éducatifs. Dans cet entretien publié en juin 2026 par l'IH2EF, il défend une évaluation formative et non punitive, propice au changement durable.

Le Conseil d'évaluation de l'École (CEE) a pour mission d'évaluer le système éducatif français de façon indépendante. Dans un grand entretien publié en juin 2026 sur le site de l'IH2EF, son président Charles Torossian revient sur les fondements de cette indépendance et sur les enjeux méthodologiques de l'évaluation. Ses réponses offrent une grille de lecture qui dépasse le seul périmètre de l'Éducation nationale.
Torossian décrit l'indépendance du CEE comme reposant sur trois piliers : un principe déontologique (séparer ceux qui conçoivent les politiques de ceux qui les évaluent), un choix méthodologique (diversifier les sources pour contrer les biais) et une exigence démocratique (nourrir un débat public éclairé). Cette logique est directement transférable aux organismes de formation, où l'évaluation interne gagne à être complétée par un regard extérieur pour éviter l'autovalidation.
Sur le plan méthodologique, Torossian refuse d'opposer données quantitatives et qualitatives. Le CEE articule analyses massives, études longitudinales et observations en établissement, tirant parti de la capacité des inspecteurs français à observer le travail réel en classe. Cette combinaison permet de dépasser les évaluations fragmentées et de saisir des dimensions que les indicateurs seuls ne captent pas — bien-être des élèves, trajectoires à long terme, dynamiques de classe.
La notion d'évaluation formative occupe une place centrale dans l'entretien. Torossian insiste sur le fait que l'évaluation doit viser l'amélioration plutôt que la sanction. Le processus qu'il préconise est structuré : autoévaluation, puis regard externe, débouchant sur un diagnostic partagé entre les acteurs. Cette séquence ressemble de près à ce que le référentiel Qualiopi impose aux organismes de formation, ce qui rend la réflexion du CEE directement applicable à leur contexte.
Sur les compétences des cadres éducatifs, Torossian identifie quatre blocs essentiels : construire et partager un diagnostic, conceptualiser des axes stratégiques, exercer un leadership collectif, et passer à l'action opérationnelle. Il insiste sur un élément transversal souvent sacrifié dans les structures sous pression : préserver du temps pour la réflexion collective. Pour les responsables pédagogiques et directeurs d'organismes de formation, cette grille résonne directement avec les exigences de pilotage de leurs propres équipes.
La rédaction souligne que l'entretien, publié par une institution publique, adopte un ton prescriptif sans toujours citer les données empiriques sur lesquelles s'appuient les recommandations. Les organismes qui souhaitent s'en inspirer pour structurer leur démarche évaluative interne auront intérêt à le croiser avec les textes Qualiopi et les travaux de recherche sur l'évaluation formative. Les principes posés sont pertinents ; leur traduction opérationnelle reste à construire selon les contextes.


