Premières Heures en Chantier : Valoris réinvente l'entrée en emploi pour les personnes les plus éloignées de l'insertion
L'association Valoris, à Poitiers, expérimente le dispositif Premières Heures en Chantier pour des personnes en grande précarité qui ne peuvent pas reprendre un travail classique. Les contrats démarrent à quatre heures hebdomadaires et progressent sur un an, en traitant d'abord les obstacles fondamentaux à la stabilisation.

Le dispositif Premières Heures en Chantier (PHC) cible des personnes pour lesquelles les dispositifs d'insertion classiques sont inopérants : sans domicile fixe, avec une alimentation précaire, sans accès régulier aux soins et incapables d'honorer un contrat de travail standard. L'objectif n'est pas la production immédiate mais la remobilisation progressive. Les contrats démarrent à quatre heures hebdomadaires et peuvent évoluer jusqu'à vingt heures par semaine sur un an, au rythme de chaque personne.
Valoris est implantée à Poitiers depuis plusieurs décennies. Intégrée au réseau Croix-Rouge insertion depuis 2011, elle emploie treize permanents. Pour la mise en œuvre du PHC, l'association a fait le choix de ne pas créer un chantier d'insertion séparé réservé aux bénéficiaires du dispositif : les personnes sont intégrées dans les chantiers existants, ce qui favorise une inclusion réelle plutôt qu'une mise à l'écart dans une structure parallèle.
La clé du dispositif est l'accompagnement en amont du contrat. Jessie Sagot, éducatrice socio-professionnelle recrutée fin avril, ne commence pas son travail par la rédaction de CV ou la mise en relation avec des employeurs. Elle construit d'abord un écosystème de partenariats avec les services sociaux — SAMU social, associations d'hébergement, structures de veille sociale, missions locales, France Travail — qui lui permettent de répondre aux besoins primaires des personnes avant d'envisager une reprise d'activité. Manger, se laver, accéder aux soins, trouver un hébergement stable : ces prérequis précèdent toute démarche vers l'emploi.
L'approche pédagogique est délibérément non coercitive. Les sanctions immédiates pour absentéisme ou manquements au contrat sont évitées, au profit d'un travail éducatif progressif. Ce positionnement suppose une tolérance à l'incertitude et une capacité à ajuster les objectifs individuels en temps réel, compétences qui ne s'improvisent pas pour les encadrants de chantier. La formation des équipes permanentes à cet accompagnement spécifique est une dimension souvent invisible mais décisive du dispositif.
Pour les organismes de formation qui travaillent sur l'insertion et l'accompagnement des publics éloignés de l'emploi, le modèle PHC est riche d'enseignements. Il illustre que les formations qualifiantes ou les ateliers de recherche d'emploi ne constituent pas la première réponse pertinente pour tous les publics. Certains apprenants ont besoin d'une stabilisation de leur situation personnelle avant de pouvoir s'engager dans un parcours de formation, même court. La capacité à différer l'objectif de qualification pour traiter d'abord les obstacles à la présence et à l'engagement est une compétence à part entière pour les formateurs et les référents de parcours.
Le dispositif PHC est expérimental et son déploiement à Poitiers via Valoris en est à ses débuts. Les résultats en termes de stabilisation et d'insertion à long terme restent à documenter. Mais la démarche témoigne d'une évolution des pratiques dans le champ de l'insertion par l'activité économique, vers une prise en compte plus systématique des déterminants sociaux de l'employabilité.


